seul á en user". Haut-Brion en 1702 et Margaux en 1703, sont signalés comme
vins de gualité sur le marché anglais. Ils sont rejoints par Latour et Lafite en
1707. Une annonce de la London Gazette, datée de 1707, fait mention de Lafite,
Latour et Margaux. Les distinctions se repérent aussi chez les clients hollandais.
Les brouillons de facture établis en février et mars 1714 par Wischfold pour la
cargaison de vin du navire [Amour de Rotterdam mentionne dix tonneaux de Pon¬
tac, dix tonneaux de Latour, dix tonneaux de Lafite, vingt tonneaux de Margaux,
les autres vins n'étant désignés que par leur terroir d’origine (Médoc, Listrac!*).
Considérons enfin les indications de prix données par le conseiller au Parlement
Labat de Savignac. Hormis sa propre production, il signale de façon globale les
prix des vins de la région de Blaye, mais surtout précise à deux reprises le cours
atteint par Haut-Brion (500 livres en 1708, 800 en 1712) et le prix de vente des
vins de M. le président Ségur (510 livres en 1708)", autrement dit les crus de La¬
fite et Latour. On l’aura noté, ces prix sont particulièrement élevés, en un temps
où les autres terroirs ne connaissent pas la même progression. Il en résulte une
amplitude accrue. En 1647, les meilleurs vins valaient le double des vins courants,
et en 1677, John Locke permet d’établir qu'un tonneau de Haut-Brion se vend
300 livres contre 90 à 150 livres pour un vin plus commun. Les prix atteints par
ce cru connaissent alors une augmentation forte car, toujours selon John Locke,
un tonneau de ce vin ne coûtait que 180 livres quelques années plus tôt. En 1684,
le tonneau de Haut-Brion est déjà à 500 livres, niveau qu’il retrouve au début du
XVIII siècle, après la crise des années 1690. En 1708, il valait déjà plus de quatre
tonneaux de vin de Blaye. En 1712, le même tonneau de Haut-Brion s’échangeait
à 800 livres, tandis que celui de M. de Savignac, récolté près de Fronsac, peinait
à atteindre les 20 livres!‘ Vers 1714, un Latour équivalait, en termes de prix, à
quatre à cinq tonneaux de vin courant ; en 1729, le rapport des prix se montait à
13 ; en 1767, il passait à 20"... Cette modification des tarifs traduit incontestable¬
ment une évolution du produit.
B Sur la question, voir les travaux fondateurs d'Henri Enjalbert, « Comment naissent les grands crus ?
Bordeaux, Porto, Cognac », Annales Economies, Sociétés, Civilisations, 1953, tome 3, p. 315-328 ; tome 4,
p. 457-474 ; idem, La naissance des grands vins et la formation du vignoble moderne de Bordeaux (1647-1767),
dans Alain Huetz de Lemps, René Pijassou, Philippe Roudié (dir.), Géographie historique des vignoble,
tome 1, Vignobles français, Paris, Éditions du CNRS, 1978, p. 59-89.
4 AD 33, 7B 3017, fonds des marchands.
5 AD 33,8] 46, Mémorial général de Labat de Savignac, 8 novembre 1708. Pour la version éditée : Caroline
Le Mao, Chronique du Bordeaux au crépuscule du Grand Siècle. Le Mémorial de Savignac, Pessac, PUB,
2005.
16 Caroline Le Mao, « Un parlementaire du début du XVIII" siècle au milieu de ses vignes : M. de Savignac
en Libournais », dans Vins, vignes et vignerons de Saint-Emilion et d’ailleurs, Talence, FHSO, 2000,
p- 99-117.
7 Charles Higounet, op. cir., p. 203.