OCR
DE LA BONNE MONNAIE a perdre qu’a gagner dans son isolement actuel et qu’il est quelquefois utile de sacrifier quelque chose des jouissances présentes en vue de la sécurité de l'avenir. Si nous appliquons ces mêmes remarques au régime des biens immobiliers, nous trouverons que les législation qui se sont inspirées des préceptes de la science purement économique ont cherché et trouvé un déplorable appui dans l’égoïsme, et qu’elles ont à leur tour contribué à le développer dans une mesure désastreuse. Or, l’égoïsme s’en prend ici a ce qui est la base même des sociétés humaines, à la famille et à l'esprit de famille, il enflamme les concupiscences mises en nous par le péché originel, au point de nous faire méconnaître jusqu'aux instincts les plus profonds de notre nature; il obscurcit les lumières de la loi naturelle et, selon une belle expression de Saint Thomas, il rend notre intelligence semblable à ces verres noircis qui ont perdu toute leur transparence. Le sentiment de l’immortalité est si vivant dans l’âme humaine que, dans ce monde même, l’homme éprouve le besoin de se prolonger en quelque sorte au-delà de lui-même. C’est en ce sens qu’on a nommé le fils une « continuation du père » ; Saint Thomas emploie en terme encore plus énergique : il dit que le fils est comme une partie du père « aliquid ejus ». C’est en vue de ce besoin de continuer son moi au-delà de la mort que Dieu a institué le mariage ; c'est sur lui qui repose la famille, cette base première et fondamentale de la société humaine ; c’est lui qui a fait du droit à l'appropriation des biens une conséquence inévitable, un corollaire des premiers principes du droit naturel. Sans la famille et si la société se résolvait en individualités, comme le veulent certaines théories modernes, il y aurait des possessions, il n’y aurait pas de propriétés dans le sens exact du mot. Ce n’est pas ici le lieu de rappeler l’origine de la propriété : elle a pour justification première le conque Dieu a fait de la terre aux enfants d'Adam ; elle commence par la prise de possession ; mais elle n’est stable que parce que le père de famille envisage l’avenir de ses enfants comme faisant partie du sien. Quand des tribus coupables, châtiée ou déchues s’eloignent du tronc primitif et tombent d'état inférieur des nomades, des barbares ou des sauvages, le goût et le besoin du travail se perd en même temps que la stabilité ; la propriété se déforme et cesse presque d'exister ; mais dans l’état normal et voulu par Dieu la famille s'établit et se continue ; le père travaille et acquiert pour ses enfants encore plus que pour lui-même. J'ai dit « pour ses enfants », mais la famille stable n'existe pas sans un foyer et le foyer est un. Le père se continue aussi dans ses biens, dans ses oeuvres et ce désir est presque aussi enraciné que celui de prolonger sa personnalité par celle d’un successeur. La division de son domaine serait presque considérée comme un sacrilège et il y a pour cela d’autres motifs encore que sa volonté comme ou présumée : chacun des fils veut et doit avoir un foyer. Ceux qui +. 149 »