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ANIKÓ RADVÁNSZKY

de l’Infini qui se réalise dans la révélation du visage; et cette Révélation ou
expression est un impératif se présentant comme inévitable par le fait que c'est
la conscience elle-même qu'elle remet en question dans l'acte du face a face. Le
visage exprime ainsi le sens infini ou la signification infinie précédant à tout
jamais la production de sens, vu qu’elle en est la condition.

Dans le processus de la connaissance, l’objet de la connaissance se place au
même rang que le moi, son altérité disparaît, il devient immanent et par
conséquent, se trouve incorporé au moi, car ledit objet se mesure à ma propre
échelle et, par conséquent, ne transcende pas mon horizon relationnel. Le cogito
peut s'approprier le Ciel et la Terre, mais l’idée de l’Infini lui est inaccessible. Il
s’agit là de références explicites à Descartes dont le concept de l'infini est, sur
plusieurs points, revisité par Lévinas d’une manière très innovante et, en même
temps, conceptuelle. Il apporte des transformations importantes à cette idée tout
en conservant la priorité transcendantale de cette dernière et tout en soulignant,
comme Descartes, que les origines de l’idée de l'infini sont indépendantes de
l'esprit humain. En intégrant l’idée de l'infini dans sa propre philosophie, il la
prive de tous ses éléments ontologiques, et ne conserve que sa structure formelle.
Dans le présent écrit nous nous proposons d'analyser le rôle de cette structure
dans la pensée lévinassienne et son influence à la formation du rapport présupposé
de l’infini et du langage dans chacune des deux périodes respectives de l’œuvre
du philosophe, à savoir avant et après son tournant langagier.

Lévinas a plusieurs fois mis en évidence que son concept de l'infini se réfère
à celui de Descartes, parenté dont les spécificités se voient exploitées dans La
philosophie et l’idée de l'infini:

« Lintentionnalite qui anime l’idée de l'infini ne se compare à aucune autre:
elle vise ce qu’elle ne peut embrasser et dans ce sens, précisément, l’Infini [...].
L’altérité de l'infini ne s’annule pas, ne s’amortit pas dans la pensée qui le
pense. En pensant l'infini — le moi d'emblée pense plus qu’il ne pense. L'infi¬
ni ne rentre pas dans l’idée de l'infini, n’est pas saisi; cette idée n’est pas un
concept. L’'infini, c’est radicalement, l’absolument autre’. »

Et premier lieu, il est important de souligner que l'infini cartésien, dans cette
version revisitée, dénote la manière dont l'Autre est capable de dissoudre la pensée
qui veut le dominer, c’est-à-dire la manière dont la pensée, par l’intermédiaire
de l’Autre, « pense plus qu’il ne pense » ou, autrement dit - toujours par les mots
du philosophe - la manière dont l’infini déborde les cadres (dé)finis de la pensée.

? E. Lévinas, La philosophie et l’idée de l'infini. In E. Lévinas, En découvrant l'existence avec Husserl
et Heidegger. Paris, Vrin, 2001, pp. 238-239.

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