Bien que le jugement soit prudemment formulé, l'appréciation ne sonne pas
pourtant faux. Quoique Quadragesimo Anno soit le fruit spirituel de l’école
allemande (von Nell-Breuning), l’idée du Berufsstandsgesellschaft remonte
aux débats de l’Union. En dépit des corporatismes totalitaires qui ont abusé
de l’idée corporative d’origine, ses délibérations et thèses furent à l’origine
d’autres actes et faits moins discutables.
Avec l’idée de régulation internationale de tous les domaines du travail et
de l’économie, l’Union de Fribourg a ouvert la piste pour établir les normes
des conditions du travail, processus qui a culminé dans l'établissement de la
Charte Sociale Européenne de 18 octobre 1961, à Turin.
De 1893 à 1900 plusieurs conférences de protection légale des ouvriers
ont été organisées. Au Congrès International de Législation de Travail, une
« Association International pour la Protection Légale des Travailleurs » a été
fondée, laquelle préparait, sur l'initiative du duc d’Ursel, l’un des premiers
accords internationaux sur la protection des ouvriers. C'était en septembre
1901 que l'Office International du Travail inaugurait sa première session à
Bâle. Toujours avec la participation active des membres encore vivants, les
conférences de Cologne (1902), de Lucerne (1903), de Bâle (1904) ont préparé
la voie à la Convention de Berne en 1906, interdisant le travail nocturne
des ouvrières ainsi que l'application du phosphore blanc dans les usines
d’allumettes. Une autre conférence de Berne en 1913 a formulé le projet de
l'interdiction du travail nocturne et de la limitation du travail des femmes à
10 heures.
D'après nos documents, l’Union de Fribourg connut sa fin après 1893. Les
grands personnages étant disparus, le père Jaquet ne note plus les cotisations
des membres à partir du 4 février 1895. Malgré l'effort de certains membres,
l'Union ne se ressuscitera jamais. On sait que Decurtins avait prévu pour le
juillet de 1902 un « Congrès catholiquesocialinternational », qui a dû être décalé
pour l’octobre de cette même année comme titre de rencontre préparatoire du
Grand Congrès de Pâques 1903 mais le calendrier fut à nouveau décalé d’une
année. Une « Réunion intime internationale des catholiques sociaux » eut bien
les 20, 21 et 22 octobre 1903 laquelle projetait la refondation d’une union
catholique d’études internationales mais elle ne parvint à peine qu’à reprendre
les thèses de l’Union.‘
Après la Première Guerre Mondiale, certains membres de l’ancienne Union
de Fribourg sentirent la nécessité de la réorganisation de l’Union d'autrefois.
Ce fut grace a Joris Helleputte que l’Union Internationale d'Etudes Sociales fut
fondée en 1920 a Malines.
Un autre membre de l’ancienne Union, Georges de Montenach, s’est
efforcé de réorganiser, dés 1917, une forme institutionnelle de coopération
internationale des catholiques sociaux. Ses efforts ont été couronnés par
la fondation de « Union Catholique d’Etudes Internationales » en 1920 a