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BRIGITTA VARGYAS

Pour nous fournir quelques éclaircissements, l’auteur remonte jusqu’à Saint
Thomas d'Aquin: d’après ce dernier, trois vocations se présentent à l’homme, à
savoir, la vie contemplative, celle active et celle qui intégre les deux, supérieure
aux deux premiéres. Dans le méme temps, il remarque que la vie contemplative,
en soi, de par sa nature, est meilleure que la vie active — une idée qu’il prouve
d’abord en se fondant sur une raison naturelle et en citant les arguments d’Aristote,
puis en reformulant ces arguments en termes chrétiens. Ainsi la vie contemplative,
centrée sur l'amour de Dieu, est l'acte suprême, car c’est dans cet amour divin
que sont enracinées toutes les qualités. Ainsi considérés, les mérites de chacun
dépendent fortement de leur enracinement dans le corps mystique du Christ,
enracinement qui se fait et se parfait justement à travers la contemplation. (Il ne
faut toutefois pas oublier que c’est la vie active qui prépare à cette union dans la
contemplation.) Merton poursuit en évoquant les grands mystiques chrétiens,
Saint Bernard de Clairvaux, Saint Grégoire de Nysse, Sainte Thérèse, Saint Jean
de la Croix, Jean de Ruisbroek, Saint Bonaventure qui considèrent à l'unanimité
qu’au sommet d’une union mystique avec Dieu, l’âme sera remplie d’une force
miraculeuse qui lui permettra de beaucoup faire pour les autres aussi bien dans
le domaine spirituel que séculaire.

Lire Saint Thomas d’Aquin à propos de la supériorité de la vie mixte des ordres
prédicateurs et enseignants sans cette compréhension profonde, peut nous mener
sur une fausse piste — avertit Merton. La vie mixte n’est supérieure que dans la
mesure où les activités, motivées par l’abondance de l'amour divin, y sont une
nécessité. Autrement dit «ce qu’on appelle la vocation mixte n’est supérieure
aux autres que dans la mesure ot elle est plus contemplative que les autres??.»

Apres ces considérations qui closent ce roman, d’autres écrits rédigés après
son entrée chez les trappistes développent sa réflexion sur la contemplation sans
donner toutefois une présentation systématique de la question. Notons tout de
même une première œuvre parue en 1948, intitulée What is contemplation ?
(Qu'est-ce que la contemplation ?), qui témoigne de la volonté de l’auteur
d'approfondir le sujet, mais qui passe pratiquement inaperçue à côté du succès
du roman. Merton reprendra ce projet quelques années plus tard et tout laisse
à penser qu'il le terminera grosso modo en 1959. Cependant le travail en question
ne sera publié dans son intégralité qu’en 2004, sous le titre de The Inner Experience.
Notes on Contemplation. (Si cette édition s’est fait attendre si longtemps, c'est
parce que l’auteur, considérant son ouvrage comme inachevé, en avait défendu
la publication dans son testament datant de 1967. Sur les débats qui ont abouti

22 Ibidem, p. 475: «[...] the so-called mixed vocation can only be superior to the contemplative
vocation if it itself is more contemplative. »

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