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ÉTERNITÉ ET INFINI - LA CONTEMPLATION CHEZ CHATEAUBRIAND

est posé d’une manière évidente. L'éternelle sagesse de Dieu suppose sa vieillesse,
ainsi que l’infinité du temps qui reçoit sa signification profonde (le passé et l'avenir
mystérieux) au moment de la création de la terre. Conformément aux conceptions
de Newton et ses disciples, avant la création, le temps n'existait pas et après
l'apocalypse, il n’existera pas non plus:

«Ainsi Dieu a su réunir dans son ouvrage la durée absolue et la durée pro¬
gressive : la première est placée dans le temps, la seconde dans l'étendue : par
celle-là, les grâces de l’univers sont une, infinies, toujours les mêmes; par
celles-ci elles sont multiples, finies et renouvelées : sans l’une, il n’y eût point
eu grandeur dans la création; sans l’autre, il y eût eu monotonie!f. »

Dieu à visage humain crée la terre à son image, jeune et vieille à la fois. Nous
pouvons constater qu’il s’agit de l'élaboration d’une approche dramatique et
poétique de l’histoire naturelle.

«Si le monde n’eüt été à la fois jeune et vieux, le grand, le sérieux, le moral
disparaissaient de la nature, car ces sentiments tiennent par essence aux
choses antiques. Chaque site eût perdu ses merveilles. Le rocher en ruine n’eût
plus pendu sur l’abîme avec ses longues graminées; les bois, dépouillés par
leur accidents n'auraient point montré ce touchant désordre d'arbres inclinés
sur leurs tiges, de troncs penchés sur le cours des fleuves!?. »

Tout en suivant l’évolution de l’idée de la nature on arrive à constater que
Chateaubriand esquisse une sorte de bilan de tout ce qui a été dit à propos de la
nature auparavant. Il insuffle aux propos savants le pittoresque, le poétique et le
romanesque chrétiens.

18 Ibidem, p. 559.
1% Ibidem, 1, V,1,p. 558.

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